Mongolie, la Magie des Lieux

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mercredi 21 novembre 2007

Anarchie architecturale en Mongolie

La Mongolie connaît aussi ses héros. C’est un peu le cas de Luvsandorj Ganjuurjav, l’un des plus célèbres architectes que connaît le pays. Aujourd’hui âgé de 70 ans, il vit en reclus. «Je ne sors plus qu’une ou deux fois par semaine, raconte Luvsandorj Ganjuurjav du fond de son fauteuil. Son appartement est douillet mais simple. Hormis les médailles et diplôme qui ornent ses murs, rien ne permettrait de dire qu’il abrite l’une des grandes célébrités du pays. Du fond de son fauteuil, le plus connu des architectes mongols poursuit «le problème est que je connais trop de monde et tous veulent m’inviter à boire un verre et je ne le peux plus ». Est-ce la seule raison qui le retient à la maison ? Au fil de la discussion, cette première motivation en laissera pointer une autre, beaucoup plus amère. «Je n’aime plus la ville, elle se développe dans l’anarchie la plus complète, poursuit celui qui, il y a 30 ans, a largement participé à la planification urbaine de la capitale mongole. Le boom immobilier d’Oulan Bator donne naissance à une diversité architecturale impressionnante. A côté des bâtiments historiques de la ville se dressent des tours de verre de 15 ou 20 étages. Chaque espace vide au centre ville donne naissance à un édifice aux formes très diverses. Anarchie et argent roi «Il n’y a aucune discipline, c’est le monde de l’argent roi, tempête l’architecte le plus célèbre de Mongolie. On construit tout n’importe comment. Je n’appelle pas cela de l’architecture, encore moins de l’architecture mongo le. Plus personne n’a besoin de moi aujourd’hui. Lorsque je discute avec un homme d’affaire, c’est lui qui se prend pour l’architecte et il ne m’écoute pas ». C’est vrai que la société mongole a énormément changé ces 15 dernières années, depuis la « démocratisation ». Luvsandorj Ganjuurjav n’apprécie-t-il pas cette nouvelle liberté ? « Ce n’est pas de la liberté, c’est du n’importe quoi ». Au fil de notre échange, il s’anime et livre toujours davantage le fond de sa pensée. « Pourquoi construire tous ces grands bâtiments au centre ville alors que nous en Mongolie, nous avons de la place sans limite ? C’est totalement illogique. La Mongolie perd son âme avec ces nouveaux bâtiments au look occidental. Il nous faut une architecture mongole. Pas européenne. » Vision pessimiste «A force de continuer comme cela, nous allons tous finir par devoir retourner vivre sous la yourte », continue le vieil homme. Pourquoi ? « On construit tout en surface, au propre comme au figuré et personne ne s’inquiète de ce qu’il y a dessous ». Selon Luvsadorj Ganjuurjav, la ville va au devant d’une vraie catastrophe : pénurie d’eau, pannes de chauffage, absence d’électricité et… tremblement de terre. Avec la faillite du système socialiste, l’entretien des infrastructures a été complètement négligé et le développement fulgurant de ces dernières années annonce une série de problèmes très sérieux. «Et vous pensez que les businessmen s’en préoccupent ? Pas du tout, s’ils peuvent voler l’eau ou le courant à leur voisin ils le font », explique l’architecte à la retraite. Et il poursuit dans sa vision pessimiste : un jour, le grand « state departement store » va s’écrouler. Le matériel utilisé pour la construction n’était pas de très bonne qualité et il est très mal entretenu. Il en va de même pour tous les autres bâtiments élevés de la ville, même les plus modernes. Nous avons eu un tremblement de terre à la fin des années soixante de plus de 7 sur l’échelle de richter. Les constructions modernes ne respectent aucune norme sismique ». Ancré dans le présent Il ne cache pas ses regrets pour le passé mais conserve un pointe d’humour, très éloignée du cynisme qui pourrait le ronger. Il me parle du Corbusier, énumère longuement toutes les constructions qu’il a dirigé au centre ville (plus de 80 au total, du bâtiment du gouvernement au Palais de la jeunesse, le musée Lénine (aujourd’hui le musée d’historie de la Mongolie), le bâtiment central de la Banque mongole de commerce et de développement, etc, etc. Pourtant, même s’il se considère comme un homme du passé, il vit bien ancré dans le présent. Avec son épouse, ingénieur en bâtiment, il s’occupe toute la journée de trois de leurs petits enfants âgés de 2, 9 et 14 ans. Nous partageons une tasse de thé, échangeons encore quelques idées sur la qualité de construction de son appartement et du bâtiment qui l’abrite «qui devrait, selon les autorités supporter un tremblement de terre. Mais les expériences en Ouzbékistan montrent que ce type de bâtiment (ils sont tous pareils dans toute la zone de l’ex URSS) s’écroulent comme un château de carte. Mais je ne serais probablement plus là pour le voir ».

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