Mongolie, la Magie des Lieux

Soulevez le voile sur l’univers de la Mongolie au travers de ce blog de voyage d’Espace Est-Ouest. Pour découvrir les gens, ou garder le lien avec ceux que vous avez rencontré. Lire, Voir, Ecouter et Rencontrer pour un vrai voyage virtuel en Mongolie.

mercredi 21 novembre 2007

Religion et réflexion

Tiens, ce matin il n’y a que de l’eau bouillante au robinet. C’est l’enfer dans le premier sens du terme. L’eau glacée, passe encore. On peut au moins se laver le visage, mais de l’eau bouillante ! La seule technique un peu acceptable est celle de mouiller une serviette et de la laisser refroidir… je vous laisse imaginer.
Depuis notre arrivée, il n’y a pas eu un seul nuage et la température sous le soleil éblouissant est plutôt confortable bien que largement en dessous de zéro.
Ironie de l’histoire
La Mongolie a longtemps été un pays complètement fermé au monde extérieur. Il en allait de même à l’époque de Gengis Khan. La Mongolie, c’est vraiment l’autre bout du monde, l’ailleurs tel que beaucoup de monde le fantasme.
La rencontre d’aujourd’hui serait complètement anecdotique si elle ne faisait pas écho à l’Histoire avec un grand H. En 1253, un certain français de Flandre, William de Roubrouk, missionnaire catholique, visite la Mongolie à la recherche de croyants faits prisonniers par les Mongols. Marco Polo n’est pas encore revenu de son voyage en Chine. De sorte que William de Roubrouk est aussi l’un des tout premiers à rapporter un témoignage très vivant de la vie de cette civilisation qu’il a beaucoup apprécié. Il raconte même qu’il n’avait plus envie de retourner en Europe… ces mémoires sont publiées en français et se trouvent dans les grandes bibliothèques.
En rencontrant Serge Patrick, prêtre camerounais responsable de la cathédrale en forme de yourte d’Oulan Bator, je n’ai pas pu m’empêcher de tirer un parallèle avec les récits de Roubrouk. La ressemblance va même jusqu’à la pointe non négligeable d’accent belge de cet homme africain à la carrure de basketteur. Avec la fin de la guerre froide et la faillite soviétique, le pays frère mongol s’est retrouvé livré à lui-même. Depuis environ 15 ans, les religions occidentales se sont engouffrées dans le vide moral laissé par l’échec de l’espoir communiste. Pour le meilleur et pour le pire. «Je suis très sensible à la manière dont se passe le baptême des croyants mongols en Jesus Christ, souligne d’emblée Serge Partick. En tant que camerounais, je ne connais que trop bien les errements de l’église pendant la colonisation de l’Afrique. Ici, nous procédons avec beaucoup de retenue et de respect ».
Arrivé il y a 5 ans, Serge Patrick s’est beaucoup investi : il a d’abord appris la langue puis s’est associé avec les autorités pour aider la population. «J’ai été très frappé par l’absence totale de racisme de la société mongole. Un accueil d’une exceptionnelle générosité et d’une grande ouverture comme je n’ai jamais rencontré au cours de ma vie ». Serge Patrick se plait tellement à Oulan Bator qu’il parle la Mongolie comme de son pays. Son récit est émaillé de « dans notre Mongolie, dans notre pays ». « C’est vrai que cela peut paraître prétentieux, mais je le vis vraiment comme cela, même si je reste évidemment un étranger, raconte le prêtre. J’ai même expliqué à mes parents qu’ils avaient une sérieuse concurrence de la part de mongols pour la place qu’ils occupent dans mon cœur ».
De son premier hiver, il en garde un souvenir mitigé. « Je n’avais pas trop d’inquiétudes avant de partir pour la Mongolie en pensant que je pourrais me procurer le nécessaire sur place. Mais c’était sans penser à ma taille : je n’ai pas trouvé de manteau ni de chaussure susceptible de me protéger. J’ai dû alors faire venir des vêtements depuis l’Europe ».
La Mongolie à la croisée des chemins
Lorsqu’il parle de la Mongolie, Serge Patrick le fait avec une réelle passion. Pourtant, on sent naître une inquiétude : «Aujourd’hui, la Mongolie se trouve devant un défi très important. L’arrivée de l’argent roi est en train de tuer l’âme unique et exceptionnelle de ce pays. Je ne compte plus les jeunes mongols prêt à absolument tout pour devenir riche ». A tel point que le prêtre me raconte que certains jeunes sont convaincus qu’en se baptisant catholiques, ils auront accès à un nouveau réseau et ainsi pouvoir épouser de riches occidentaux.
« La Mongolie jouit d’une culture unique, faite de chaleur humaine, de sens de la famille et d’entraide. Mais cela est en train de se perdre. Ouverts et généreux, les jeunes mongols sont convaincus que tout ce qui vient de l’occident est parfait. Il m’arrive souvent de les mettre en garde sur les dangers que représente la société de consommation hypercapitaliste. Avant l’ouverture et l’arrivée des étrangers, on ne connaissait pas la drogue ni la violence dans le rues. La corruption se développe dans le cadre de l’argent roi. Avec des dollars, on peut absolument tout faire : acheter un visa pour l’étranger ou se payer un poste important ».
Finalement, le message que le missionnaire catholique amoureux de la Mongolie apporte n’est pas tellement différent de celui communiqué par les lamas bouddhistes : garder une morale (ou une éthique comme vous le préférez) pour que le pays reste ce qu’il est. «Il faut expliquer aux Mongols que l’argent ne fait pas le bonheur et que plus on en a, plus il faut avoir une très haute morale pour ne pas en abuser ».

1 commentaire:

Vincent a dit…

Bonjour !

Merci pour tous vos commentaires sur l'enjeu social qui survient actuellement en Mongolie ! J'ai été très touché par l'histoire du père Serge Michel. Je suis aussi très soulagé de voir qu'il agit de façon si respectueuse avec les mongols. En fait j'ai une raison particulière d'être si concerné par tous vos messages...

Moi, ma femme et mes deux enfants déménageront en Mongolie au printemps 2007. Nous allons vivre en tant qu’éleveur avec des amis nomades. Nous ne partons pas avec l'idée d'un retour, mais la possibilité financière de revenir est prévue.

Cela fait 10 mois que nous nous préparons pour cette transition assez soudaine, si bien que malgré la distance, nous avons l'impression d'être déjà là-bas. Les préoccupations d'un éleveur nomade ne me lâchent pas et moi et ma femme ne cessons pas de se passer en revue l'ensemble des préparatifs, des situations difficiles qui nous attendent, etc.
En ce moment je fais un stage en bergerie, ma femme et moi suivons des cours de mongol et nous nous efforçons de ramasser un maximum d'argent car une fois sur place notre situation sera semblable à nos amis éleveurs. Notre défi actuel le plus grand ? Amasser assez de fond pour acheter le troupeau, couvrir tout au minimum, y compris un fond d'urgence pour le bétail et notre santé.

Ceci dit je vous invite à nous partager quelques petits truc utiles, vous pouvez vous adresser à tous le monde, je ne tiens pas à "trôler" le blog :)

1- Quel est votre intuition face aux années à venir ? Est-il exagéré de pensé à un éclatement totale de la relative stabilité actuelle ? Je pense notamment à un éventuelle "guerre civile" qui pourrait suivre un effondrement de la situation politico-économique... Ok, "guerre civile" est un grand mot, mais bon même nos amis mongols semblent être confus face aux années à venir.

2- Votre perception du froid mongol ! Le fait que le climat soit sec est-il si bénéfique que ce que l'on dit ? Car ici au Canada même avec un taux d'humidité à 40% les -18 sont très froid ! :) C'est entendu qu'ici au Canada nous savons ce que c'est qu'être dehors par -30, mais bon, en quoi ce froid sec est-il plus tolérable selon vous ?

3- Si vous recevez des avis sur la situation actuelle de l'élevage (du moins dans le Töv aïmag) je vous encourage à partager ce que vous entendrez. Depuis les dzuds de 2000 et 2001, comment se profile le "retour à la normalité" ?

Encore un immense merci d'avoir ouvert ce blog et d'y partager vos découvertes. Vous n'adoptez pas le ton du récit de voyage touristique, vous prenez le temps d'y écrire des impressions provenant des mongols eux-mêmes et ça c’est très bien ! Je crois aussi que l'on ne mesure pas toujours très bien la porté qu'Internet peut avoir...

Bon courage !